Palais Garnier
- theatre
- design
- Prix: €16
- Horaires d'ouverture: 10h00 - 17h00
Histoire
En 1858, un attentat contre l'empereur Napoléon III eut lieu juste devant l'ancienne salle de l'Opéra de Paris, l'exiguë salle Le Peletier, et l'empereur répondit en commandant un opéra entièrement neuf et plus sûr, digne de la capitale. Le concours organisé pour le concevoir réunit 171 candidatures et fut remporté, à la surprise générale, non par un nom déjà établi mais par Charles Garnier, un architecte de 35 ans qui n'avait encore jamais rien construit d'une telle ampleur.
Le projet de Garnier, mélange exubérant et délibérément éclectique d'influences baroques, Renaissance et Beaux-Arts, tout en marbre, feuille d'or et sculptures, mit quatorze ans à être achevé, retardé par la guerre franco-prussienne et les troubles de la Commune de Paris. Il ouvrit finalement ses portes en 1875, plusieurs années après la destitution et l'exil de Napoléon III lui-même — qui ne mit jamais les pieds dans le bâtiment qu'il avait commandé. Garnier conçut le grand foyer et son somptueux escalier de marbre comme une véritable scène à part entière, un lieu où la société du Second Empire pouvait se montrer et s'observer avant même le lever du rideau.
Le vrai Fantôme de l'Opéra
En 1896, un contrepoids du gigantesque lustre de la salle se détacha pendant une représentation et s'écrasa sur le public, tuant un spectateur — une tragédie bien réelle qui inspira en partie la scène du lustre tombant dans le roman de Gaston Leroux de 1910, Le Fantôme de l'Opéra. Leroux situa son récit dans le véritable dédale de sous-sols et de couloirs du bâtiment, y compris un authentique réservoir d'eau souterrain construit pour contenir les eaux d'infiltration rencontrées pendant les travaux : un bassin de 25 sur 50 mètres que les pompiers de Paris utilisent encore aujourd'hui pour leurs entraînements.
L'obsession du roman pour la loge numéro cinq trouve peut-être sa propre origine réelle : à la fin du XIXe siècle, un mystérieux mécène aurait versé une somme mensuelle à l'Opéra pour que cette loge précise lui soit réservée à chaque représentation, sans presque jamais s'y montrer. Que Leroux ait connu ou non cette histoire, la loge numéro cinq porte aujourd'hui une petite plaque en laiton portant l'inscription « Loge du Fantôme de l'Opéra », en hommage malicieux, et les visites guidées la montrent généralement aux visiteurs.
Le saviez-vous ?
Le mélange de styles de Garnier déconcerta ses contemporains, y compris, dit-on, l'impératrice Eugénie elle-même, qui lui aurait demandé de quel style relevait vraiment le bâtiment — ni grec, ni Louis XVI, ni aucun style qu'elle reconnaissait. La réponse célèbre de Garnier fut qu'il s'agissait tout simplement de style « Napoléon III », une boutade qui décrivait aussi assez justement un langage architectural entièrement nouveau, conçu pour un empire sûr de lui.
En 1964, le ministre français de la Culture André Malraux confia à Marc Chagall la tâche de repeindre le plafond de la salle, remplaçant l'œuvre originale de Garnier par quelque chose de radicalement moderne et coloré. Le projet suscita une telle polémique que Chagall aurait travaillé en secret, sous surveillance, et par compromis son plafond fut installé sur un panneau amovible, suspendu juste au-dessus de la peinture originale du XIXe siècle, qui subsiste intacte en dessous, cachée mais préservée.
Bon à savoir
Le Palais Garnier accueille aujourd'hui principalement des ballets — le répertoire lyrique complet de l'Opéra de Paris étant désormais surtout présenté au plus récent Opéra Bastille — de sorte que les visites de jour portent avant tout sur le bâtiment lui-même : la salle, le grand escalier, le Grand Foyer aux miroirs et la petite bibliothèque-musée sur place. Les visites libres et guidées ont lieu en dehors des heures de répétition et de représentation ; il vaut donc la peine de vérifier le programme avant de planifier sa venue, certaines parties du bâtiment fermant lorsque la salle est utilisée.
Assister à un spectacle de ballet ici est une expérience véritablement différente de la visite de jour : la salle, éclairée et pleine, semble être un tout autre bâtiment. Si le programme le permet, mieux vaut envisager les deux plutôt qu'une seule des deux expériences.